Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

On a croisé Ueli Steck au cours de sa traversée des Grandes Jorasses, et on apparait dans son livre "Une autre vie"

Publié le par Apoutsiak

On avait croisé l'immense Ueli Steck, avec Anne, lors de notre traversée des Grandes Jorasses. J'avais raconté cet épisode dans le blog, Ueli a mis le  récit dans son livre.

Récits croisés sur cette page.

Dans son récit, on apparait comme fatigués. Et à y bien réfléchir, je crois qu'on était bien naze après les journées passées sur cette arête... (Ca commence page 172 du livre d'Ueli)

On a croisé Ueli Steck au cours de sa traversée des Grandes Jorasses, et on apparait dans son livre "Une autre vie"

Le récit d'Ueli Steck

J'atteins le bivouac Canzio tôt le matin. C’est une bonne chose, le ciel s'est couvert et des écharpes de brouillard apparaissent. Heureusement, il n'y a pas d'orage ni de précipitations. Le rocher sera sec demain. Ça m’apaise. Ma confiance en moi remonte un peu, je dois me réhabituer à grimper seul. Je suis heureux que le guide Dres Abegglen arrive au bivouac avec un client. L’attente est plus plaisante.

Le lendemain, je pars à 6 heures, il fait clair, ce qui me remonte le moral. Il me faut une ou deux longueur pour me libérer l’esprit. Puis ça revient, je grimpe facile. Avant la pointe Young, l’arête raide et exposée est extraordinaire. Au-dessus de moi, j'entends 1°hélicoptère. Jon et moi nous sommes donnés rendez-vous pour qu'il puisse faire des photos et filmer. J’arrive à cet instant précis sur l'arête. Je poursuis l'escalade à mon rythme. L’arête est tranchante comme un rasoir et toujours aussi exposée.  A droite et à gauche, le vide. Souvent, j'ai les mains agrippées au fil de l'arête et les pieds contre la paroi. Un peu plus loin, je m'engage dans un couloir sur ma droite pour regagner l’arête. Le couloir est en neige mais il y a une trace et je grimpe sans remettre les crampons pour gagner du temps, me confiant à mes seuls piolets. Sur la pointe Margherita, le premier des cinq sommets des Grandes Jorasses, les chauds rayons du soleil m'atteignent. J'ai convenu avec Jon de l'attendre ici, afin qu'il puisse filmer. Je m'assieds au soleil, je bois et je mange. Presque vingt minutes passent avant que l’hélico arrive et que je reprenne l’escalade.

J'ai recouvré ma confiance. Je ne suis ni stressé ni tendu, je continue de grimper comme avant, serein parce que je maîtrise ce que je fais. Je ne pense plus au chrono ou aux difficultés, juste à la descente. Si je continue sur un bon rythme, c'est parce que je veux être assez tôt sur le glacier pour que la neige soit encore dure et le risque de tomber dans une crevasse le plus faible possible. Je passe d'une traite les trois sommets suivants des Grandes Jorasses, Elena, Croz et Whymper. De là, j'aperçois deux alpinistes en train de redescendre de la pointe Walker, le sommet principal. Ils y sont allés tôt. Leurs traces me font dire qu’ils ont bivouaqué ici. Je continue à grimper et ils arrivent vers moi. C’est un couple de Français. Ils ont l’air fatigués. Nous parlons un peu, ils m'expliquent qu'ils ont passé quatre jours sur l'arête. Ils me demandent combien de temps j'ai mis pour venir du bivouac Canzio. Je regarde ma montre et m’assure qu’ils veulent vraiment le savoir. Oui, ils le souhaitent. Je suis en route depuis seulement 2 heures et 20 minutes.

Avant qu'ils reprennent leur descente, je leur donne quelque chose à boire, deux barres énergétiques et leur indique l’itinéraire. Puis je parcours le reste de la voie jusqu'à la pointe Walker. Un immense sentiment de soulagement me saisit. Je viens de poser le pied sur le dernier sommet du massif du Mont-Blanc. « Mist geführt », comme on dit chez nous, ce qui est fait n'est plus à faire.

Il ne reste que le Grand Paradis et la Barre des Écrins. Plutôt simples d'un point de vue technique. La météo n'est donc plus si décisive. Je reste quelques minutes encore au sommet, c'est un moment agréable. Il est assez tôt, le glacier sur lequel je vais descendre n’est pas encore exposé au soleil.

Jusqu'au couloir, je descends au pas de course. Le couple français n'a pas beaucoup progressé, je ne tarde pas à les dépasser. Ils me proposent de m'encorder avec eux afin que je ne me retrouve pas seul sur le glacier. Je refuse. Tout est encore gelé et, à mon rythme, je devrais y être dans une heure au plus tard. Je leur donne ce qu’il me reste de vivres et je poursuis ma course. À lafin de la matinée,j e suis de retour dans la vallée. C'est un sentiment libérateur. Désormais, plus rien ne risque de se gripper. En même temps, je suis un peu triste que ce projet touche à safin. Je me promets de savourer les deux sommets restants. Au camping, je retrouve l'ambiance chaleureuse et familière.

Matteo me félicite avec une bière. Après la douche, je me repose et m'installe avec Dani devant la tente. Nous partons le lendemain.

On a croisé Ueli Steck au cours de sa traversée des Grandes Jorasses, et on apparait dans son livre "Une autre vie"On a croisé Ueli Steck au cours de sa traversée des Grandes Jorasses, et on apparait dans son livre "Une autre vie"On a croisé Ueli Steck au cours de sa traversée des Grandes Jorasses, et on apparait dans son livre "Une autre vie"
On a croisé Ueli Steck au cours de sa traversée des Grandes Jorasses, et on apparait dans son livre "Une autre vie"On a croisé Ueli Steck au cours de sa traversée des Grandes Jorasses, et on apparait dans son livre "Une autre vie"

Le récit d'Apoutsiak : ma pomme !

Tout commence après un bivouac sur la pointe Whymper...

 

Au milieu de la nuit je sors la tête du duvet, magnifique nuit étoilée, deux étoiles filantes viennent traverser le ciel, bon présage ?

Je me recouche quelques minutes plus tard, tentant de dormir un peu.

Je m'endors forcement en fin de nuit...

Quand je sors ma tête du duvet, le jour point !

Il fait un temps glacial, nos mains abimées parviennent à appuyer sur le briquet pour démarrer le gaz ! C'est le grand beau. YES ! On glandouille dans les duvets en attendant l'eau chaude espérant retarder au maximum le moment où il faudra en sortir.

 

Au loin j'entends un hélico, il est sur les Jorasses. Et si c'était le PGHM qui s’inquiétait pour nous Je décide de leur faire signe qu'ils ne gâchent pas trop de kerosen pour nous. Je quitte mon duvet et enfile tant bien que mal mes groles gelées ! Bien agréable. Je me positionne sur le sommet de la Whymper, mais l'hélico cherche entre la pointe Marguerite et la pointe Hélène. Je vois qu'il tourne en rond. Je me décide à appeler le PGHM pour les prévenir que tout va bien... trouver le réseau, appeler avec des gros doigts fatigués. Avec les plaies qu'on a sur les mains, dès que l'on touche quelques chose, on saigne, pas pratique, bref, quelques gouttes de sans plus tard, j'ai le gendarme d'astreinte qui m'indique qu'ils ne cherchent personne, bilan, tout va bien, c'est pas pour nous... Et si c'était Ueli Steck ... Je sais qu'il zone dans le coin, et qu'il devrait passer par les Jorasses ces jours ci. L'hélico remonte jusqu'à nous et je distingue la caméra à présent. Peut être même qu'on sera sur le film (à moins qu'on soit coupé au montage...) Je fais signe que tout va bien, et rejoins Anne pour le déjeuner froid. On grignote quelques vivres on range avec difficulté le matos, nos doigts sont pas mal émoussés et on file, avec des réserves en eau minimale, le gaz refusant de fonctionner correctement par ces températures. On a les crampons, un peu de mixte avant la neige, un peu raide, un petit col et une remontée douce vers la Walker : Wooliz, traversée terminée. Reste cette immense descente...

On redescend un peu quand on voit Steck débouler au sommet de la pointe Whymper. Je le reconnais tout de suite à sa démarche efficace, il n'y a aucun doute. On l'encourage comme des spectateurs du tour de France, il nous rejoint. On papote, il nous offre un peu d'eau quand il apprend qu'on est parti léger (la classe) 2 h 30 pour faire Canzio Walker !!! on le laisse filer vers la Walker tandis qu'on entame la descente le long des rochers Whymper.

Pointe avant dans du 45 - 50° En neige d'abord, on entend l'eau sous le glacier, quand on a soif c'est une torture. Steck nous rejoint à mis pente du couloir. Il nous file quelques vivre de course. Et on discute topo, il repart, on le suit, mais il est déjà loin, Un peu de glace, on descend trop bas, il faut virer au dessus de la rimaye, pas mal de glace on tire une longueur en brochant ! Perte de temps en sécurité. Quelques pierres sifflent, il faut filer de là. On sort à hauteur des caméras qui filment les séracs. Et on se rend compte qu'on est trop haut trop tard, demi tour, il faut remettre les crampons et descendre plus bas, au plus logique devrait dire le topo !!!

 

Ueli Steck traversée des Grandes Jorasses - rencontre avec Apoutsiak et AnneUeli Steck traversée des Grandes Jorasses - rencontre avec Apoutsiak et Anne
Ueli Steck traversée des Grandes Jorasses - rencontre avec Apoutsiak et Anne
Ueli Steck traversée des Grandes Jorasses - rencontre avec Apoutsiak et AnneUeli Steck traversée des Grandes Jorasses - rencontre avec Apoutsiak et Anne

Ueli Steck traversée des Grandes Jorasses - rencontre avec Apoutsiak et Anne

On a croisé Ueli Steck au cours de sa traversée des Grandes Jorasses, et on apparait dans son livre "Une autre vie"On a croisé Ueli Steck au cours de sa traversée des Grandes Jorasses, et on apparait dans son livre "Une autre vie"
On a croisé Ueli Steck au cours de sa traversée des Grandes Jorasses, et on apparait dans son livre "Une autre vie"

On apparait dans la vidéo, ou plutôt, j'apparais dans la vidéo (je suis un pixel), au réveil je suis allé sur l'arête pour téléphoner au PGHM et j'ai vu l'hélico. Anne est restée dans son duvet faire la grâce mat !

Ueli steck vidéo les grandes Jorasses - Je suis au bout de la flèche sur la pointe Whymper
Ueli steck vidéo les grandes Jorasses - Je suis au bout de la flèche sur la pointe Whymper

Ueli steck vidéo les grandes Jorasses - Je suis au bout de la flèche sur la pointe Whymper

La vidéo ci dessous

Je reconnais : c'est fugace !

J'attendais la sortie du livre avec impatience, j'espérais y figurer, juste pour une ligne, juste un peu fatigué. Et je ne suis pas déçu. La seule erreur, on n'est pas en couple avec Anne, mais il ne pouvait pas le savoir.

Ueli est parti vers d'autres sommets.

On garde le souvenir d'une rencontre, qui , pour nous,  a été extraordinaire.

Alors encore :

MERCI UELI !

Commenter cet article