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Alimentation en montagne, ou comment passer un repas dont on se souvient toute sa vie. ou Apoutsiak sur l'Albaron

Publié le par Apoutsiak

Non, nous n'avons pas bu un bon Saint Emilion, non, il n'y avait pas de vin jaune avec le fromage (pour information, la percée du vin jaune, c'est ce week-end à Salins les Bains dans le jura... fin de la partie pub !)

Bref, j'avais 18 ans, mon frère Seb, deux de moins ( je vous rassure, ça n'a pas changé... pas l'âge, l'écart, je suis presque deux fois plus vieux à présent...). Le projet d'ascension était l'Albaron.

 

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Donc, léger flash back, ce matin là, nous avions gravi la Levanna Occidentale à la journée au dessus du hameau de l'Echot après Bonneval sur Arc, nous étions 5 ou 6 ( il devait y avoir Mariek, ma soeur, Thib, Jérems, Nicolas) Bref, sans passer par le refuge de Carrot, nous avions pu atteindre le sommet sans nous fourvoyer. De retour en bas, nous avions decidé d'attaquer l'Albaron, sommet mythique pour nous à l'époque (tant qu'on avait pas  fait l'Albaron, on était pas un homme !). L'année précédente, j'avais échoué avec Jehanne, Damien et Emmanuel au niveau de la moraine du glacier, il s'était concerté, mais les nuages et le vent important les avaient décidés, j'étais trop jeune pour participer à la décision mais j'avais été bien déçu ! (Deuxième flash back)


Bref, Claude, mon père, nous monte sur la route au dessus de Vincendière (route déjà à l'époque interdite, mais comme on ne parlait pas à l'époque de pollution et d'écologie, je pense qu'on ne peut que peu me reprocher cette action malfaisante), bref, nous avons gagné une heure et sommes remontés jusqu'à la moraine du glacier. Nous remontons celle ci jusqu'environ 3000 mètres pour planter la tente (canadienne, je le précise, nous sommes en 1989, je ne crois pas que la tente igloo soit déjà inventée). Il doit être environ 18 heures, je propose à Seb de monter la tente , tandis qu'il préparerait le délicieux diner...


Déjà à l'époque féru de technologie, nous avons au programme un plat déshydraté dont le poids est hyper compétitif...  Tandis que je monte la tente, donc, Seb décide de changer la cartouche de gaz qui est vide. Seb a toujours eu un sens inné du bricolage, il enlève l'ancienne cartouche sans problème : 1°) dévisser le brûleur - 2°) enlever les 2 pattes - 3°) retirer la cartouche; et décide d'installer la nouvelle cartouche.


J'installe au fond de la tente le piquet.


Il prend la cartouche et l'enfonce directement  dans le pico du brûleur sans avoir lu le mode d'emploi (indiqué sur la cartouche, je le précise) qui prévoit de mettre les "pattes" avant de visser le brûleur. Bref, le gaz sous la pression part et brûle les mains de Seb ( qui, il faut le préciser, a déjà les mains brûlées, il a eu la bonne idée lorsqu'il avait un an de mettre ses mains sur la porte du four alors que celui ci était chaud... les séquelles sont encore là, demandez lui de vous montrer ses mains...) Enfin il se brûle, lâche le brûleur, je sors de la  tente et me rends compte du drame qui se noue, une fumée froide s'échappe de la cartouche, nous parvenons à endiguer le problème en installant les deux pattes... la cartouche est presque vide.


Nous sortons les allumettes, il n'en reste plus que quatre. Seb (que l'on surnommait plus souvent : le petit pyromane) se lance dans l'allumage du butagaz. Première allumette... ratée. Deuxième... encore ratée... troisième... trop humide. Nous gardons la quatrième allumette pour le lendemain matin et mangeons notre plat déshydraté froid. Et bien, ça croque sous la dent. Heureusement que nous avions un boite de Mont Blanc en dessert !!!


Le lendemain matin, la dernière allumette trop humide ne s'enflamera pas et le déjeuner sera mangé froid. Nous atteindrons le sommet de l'Albaron et deviendront enfin des hommes dignes de ce nom. Prêt de 20 ans après je me souviens encore de la cartouche percée et du dernier pas d'escalade avant le sommet.

 

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Pour la petite histoire, j'ai fait une tentative avec Sandrine, sans voiture, en plantant la tente au même endroit un ou deux ans plus tard, nous avons essuyé un orage mémorable, quittant la tente et ses piquets dressés vers le ciel pour éviter de nous prendre un éclair, ceux ci avaient la bonne idée de tomber au fond de la vallée d'Avérolle 1300 mètres plus bas vers le camping de Vincendière.

En 1997, nous sommes remontés sur l'Albaron avec Thib et Sandrine. Sandrine, un peu malade s'est arrêtée à la Selle (la bien nommée), nous avons profité du sommet avec Thib, et avons dévissé bêtement dans la descente. Trop sûr de moi, mais surtout trop sûr des capacités de Sandrine, j'ai voulu la mettre en confiance dans un passage en glace un peu raide. Je n'ai pas planté de broche (je les avais pourtant au baudrier) Thib était en dessous du passage, Sandrine s'est mise dans le baudrier... J'ai tenu... j'ai tenu, puis le piolet est sorti de la glace je suis parti  dos à la paroi, Nous avons glissé sur une quinzaine de mètres, sans que je n'éprouve aucune peur, je me demande même aujourd'hui si j'ai essayé de me retourner. La corde s'est tendue d'un seul coup. J'ai crié "ça va là haut !" Thib m'a répondu, "dépêche toi, c'est lourd ! " je me suis exécuté. Plus de peur que de mal, je n'hésite plus à planter une broche. Nous sommes redescendus, j'étais tout penaud. Mais vivant !  J'ai toujours un peu honte en repensant à cette histoire, j'ai vécu d'autres dévissages mais plus en position de "coupable", même une fois en position de sauveur, mais je crois qu'il faut rester humble face à la montagne (qu'est qu'elle est bête cette phrase, tant pis elle fait bien dans le style mea culpa).

 

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Sinon à part ça tout va bien, je vais bientôt sortir les peaux !

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