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Le Petit Alpiniste Illustré

Le Petit Alpiniste Illustré

by Apoutsiak

Alpinisme : Grand Paradis (4061 m) depuis le refuge Chabod

Apoutsiak — alpinisme

Bon, au départ, le projet était plus ambitieux : gravir la face nord du Grand Paradis

La glace et le manque de matos nous ont fait revenir vers la raison mais surtout vers la jolie voie normale.

 

Vidéo :

ascension du Grand Paradis depuis le refuge Chabod- 4061 m

Topo :

Alpinisme : Grand Paradis (4061 m) depuis le refuge Chabod

Récit

3ème jour de notre périple dans le massif du Grand Paradis (après le Bec de Monciair et la Tresenta).

On se réveille les derniers avec pour objectif l'ascension du Grand Paradis. On a laissé tombé l'idée de gravir la face Nord qui est presque intégralement en glace, pas assez de motivation, on reviendra quand elle sera mure : en neige (d'habitude, d'après mes observations, ceci arrive fin juin chaque année, sauf celle ci...)

Le petit couple qui dormait à coté de moi a disparu quand j'ouvre l’œil, bizarre.

Direction la salle à manger puis la salle des chaussures avant la GRANDE salle du dehors, à nous deux, grand Paradis.

Finalement on part les premiers, mais, avec mon pas de pachyderme, je me fais rapidement dépasser par une première cordée, puis par une seconde... je n'ai vraiment pas de vitesse. Devant ils galopent, Bastien a la gentillesse de rester non loin de moi.

On remonte une première moraine avant une traversée puis de nouveau, la remontée d'une seconde moraine. Le dessus, de bloc en bloc, voit mon âme de chamois prendre le dessus, je rattrape la première cordée (oui c'est un peu compliqué, la deuxième a dépassé la première... et donc la première n'est plus devant, enfin elle est devant moi mais pas en tête), bref, je les dépasse, assez fièrement je l'avoue.

Un peu plus loin on croise les premiers névés, je dépasse l'un des protagonistes de la première cordée puis la fille de cette même cordée, je suis devant à présent, j'ai même largué un peu Bastien. De cairn en cairn, on progresse, sur la gauche, on voit les frontales bien haut en direction du petit paradis, c'est le petit couple à coté de qui j'ai dormi, c'est la raison pour laquelle ils avaient disparu.

Une petite vire nous amène au glacier, plus qu'à s'encorder et à mettre les crampons, les 3 cordées se rejoignent, je n'avais pas pris tant d'avance que ça...

Grand Paradis, au dessus du refuge ChabodGrand Paradis, au dessus du refuge Chabod
Grand Paradis, au dessus du refuge ChabodGrand Paradis, au dessus du refuge ChabodGrand Paradis, au dessus du refuge Chabod

Grand Paradis, au dessus du refuge Chabod

C'est parti pour le décollage, je pars devant, la cordée d'allemands nous suit 2 minutes derrière (en fait il s'agit d'Autrichiens mais je ne le saurais que plus tard) les autres, assez étonnamment, on ne les reverra plus (peut être qu'ils avaient oublié du matos...). Je prends mon petit rythme sur ce glacier plutôt plat, dire qu'on aurait pu y monter à ski (avec beaucoup de portage)

A gauche, une dalle énorme apparait dans une partie du glacier raide, comme pour nous montrer la vitesse du réchauffement climatique. Derrière, je vois les allemands qui bourrinent pour rester dans nos traces. Nosu parvenons à une zone crevassée, corde tendue, on remonte puis on vire sous une barre de séracs et de crevasses. La trace est bien faite, il suffit de la suivre.

a gauche, la face Nord du Grand Paradis, quasiment complètement en glace, c'est la loose, il faudra revenir... Après, par chance, ça laisse ce joli sommet dans ma "todolist".

Plus haut, une cordée débouche de la droite, sans doute de Victor Emmanuel, elle avance vite, très vite ...

Grad Paradis, sur le bas du glacier (voie  du refuge Chabod)Grad Paradis, sur le bas du glacier (voie  du refuge Chabod)Grad Paradis, sur le bas du glacier (voie  du refuge Chabod)
Grad Paradis, sur le bas du glacier (voie  du refuge Chabod)Grad Paradis, sur le bas du glacier (voie  du refuge Chabod)

Grad Paradis, sur le bas du glacier (voie du refuge Chabod)

La pente augmente, je reste concentré, la communication avec Bastien est difficile, nous sommes loin l'un de l'autre. On passe de grosses crevasses, mais le passage est large puis on attaque la longue combe, longue et monotone, au loin on voit le point de Jonction entre la voie du refuge Victor Emmanuel et la notre.

Les allemands font des pauses, mais ils bourrinent pour rester proches de nous.

Devant, la cordée rapide s’essouffle, petit à petit je reviens sur elle dans cette grande combe, je finis par remarquer que le second semble cuit, il opère des pauses bien souvent, et repart au triple galop ce qui ne me permet pas de le rattraper complètement.

J'avoue que j'aurai bien aimé leur revenir dessus (juste pour mon moral), il n'en fut rien, quand nous sommes arrivés à la jonction des deux voies, ils ont disparus dans le flot des cordées.

Oui, parlons en du flot des cordées, de la droite déboulent de nombreuses cordées, trop nombreuses, en provenance de Victor Emmanuel . Tout ça me stresse, ça va bouchonner dur dans la partie finale

Et moi je n'en ai pas l'habitude, les deux dernières fois au sommet, j'étais seul !

Grand Paradis 2010 : seul au sommet

Grand paradis 2020, seuls au sommet

Grand Paradis, sous le Bec de MoncorveGrand Paradis, sous le Bec de MoncorveGrand Paradis, sous le Bec de Moncorve
Grand Paradis, sous le Bec de MoncorveGrand Paradis, sous le Bec de MoncorveGrand Paradis, sous le Bec de Moncorve

Grand Paradis, sous le Bec de Moncorve

Bon, jonction des deux voies, pause obligatoire, on ne s'est presque pas arrêté jusque là.

Ce qui est stressant c'est de voir les dizaines de personnes qui nous passent devant pendant la pause. J'avoue que je n'aime pas cette situation. Les Allemands ont fait une pause courte et sont aussi devant.

Le vent est là, le froid, après quelques photos, on repart, le rythme est lent, on se retrouve dans la colonne de cordée, il y a plus de 20 personnes devant nous , les unes derrière les autres... Et du monde encore au dessus. Je prends mon mal en patience, on passe sous le magnifique Bec de Moncorve, puis sous le col, quelques cordées font une pause, ça sera toujours ça de moins à dépasser, oui, je ne vous au pas dit mais je pense dépasser une bonne partie des cordées, je ne sais pas encore trop où, mais tel est mon intention.

La pente s'accentue, il y a de la glace autour de la trace, pas encore le bon endroit pour attaquer, je ronge mon frein... Enfin, la neige est là, je fais un signe à Bastien qui a vite compris mon intention. Grosse accéleration, attention, ne pas s'emballer, et zou, je dépasse une première cordée puis dans la foulée celle des allemands, le gars me regarde, dégouté, je pense qu'il aurait aimé faire pareil.

Toujours en dehors de la trace, j'opère un virage, et la ça avance fort, c'est ça l'avantage d'être un peu tout le temps en montagne. Je commence à être moins stressé.

C'est la ligne droite qui mène au pied du sommet, on avant assez rapidement, dépassant les dernières cordées une parès l'autre, en reste une au loin. On arrive un peu à fond, au pied de l'arête. Le guide nous propose de passer, on ne se fait pas prier...

Grand Paradis, entre le bec de Moncorve et la base sommitale, vue sur le CiarforonGrand Paradis, entre le bec de Moncorve et la base sommitale, vue sur le CiarforonGrand Paradis, entre le bec de Moncorve et la base sommitale, vue sur le Ciarforon
Grand Paradis, entre le bec de Moncorve et la base sommitale, vue sur le CiarforonGrand Paradis, entre le bec de Moncorve et la base sommitale, vue sur le CiarforonGrand Paradis, entre le bec de Moncorve et la base sommitale, vue sur le Ciarforon
Grand Paradis, entre le bec de Moncorve et la base sommitale, vue sur le CiarforonGrand Paradis, entre le bec de Moncorve et la base sommitale, vue sur le CiarforonGrand Paradis, entre le bec de Moncorve et la base sommitale, vue sur le Ciarforon

Grand Paradis, entre le bec de Moncorve et la base sommitale, vue sur le Ciarforon

Et hop, on part par les vires en face Ouest, le nouvel itinéraire de montée. Oui, le Grand Paradis est le seul sommet que je connaisse, avec un sens giratoire obligatoire, on monte par la face Ouest et on descend par l'arête, ce qui évite les croisements intempestifs)

C'est quand même bizarre de devoir faire un circuit obligatoire, mais bon

On attaque la vire, facile, la progression est rapide vers le col sous la vierge. J'hésite à aller au vrai sommet, mais l'aller retour là haut va nous mettre dans le trafic et perdre tout l'intérêt de nos dépassements.

Je remonte la via ferrata finale puis assure Bastien pour qu'il vienne. Voilà le sommet, une cordée y graille. Ils prennent tout leur temps. c'est moyen cool parce qu'il y a du monde qui arrive.

Bref on fait deux photos, la cordée du guide est déjà là, ils ont un prêtre ce qui leur donne un peu une autorité sur ce sommet à vierge.

J'ai à peine le temps de lui faire la bise (à la vierge par au prêtre) que l'on se retrouve sous la dalle sous le sommet pour laisser la place. La cordée derrière suit ma tradition en embrassant la vierge. L'ambiance est tout de même bonne malgré la précipitation et le monde.

Grand Paradis, sommet et viergeGrand Paradis, sommet et viergeGrand Paradis, sommet et vierge
Grand Paradis, sommet et viergeGrand Paradis, sommet et vierge
Grand Paradis, sommet et viergeGrand Paradis, sommet et vierge

Grand Paradis, sommet et vierge

On attaque la descente de l'arête, le petit passage en face Est que j'adore, plein gaz, redouté par nombre de débutants puis l'arête facile. Ça galope, je conseille Bastien , qui poli, ne me dit rien , il n'a pas besoin de mes conseils ! et on rejoint la neige.

C'est reparti pour le glacier, on croise des cordées, nombreuses, plus ou moins fatiguées, certains alpinistes sont au bout d'eux même. Je fais quelques photos, et on poursuit vers le col puis vers la bifurcation entre les deux voies, nouvelles pauses.

On a largué les chleus, enfin on pense les avoir larguer...

Grand Paradis, la grande pente finale avec vue sur le Ciarforon, la Tresenta et le Bec de MoncorveGrand Paradis, la grande pente finale avec vue sur le Ciarforon, la Tresenta et le Bec de Moncorve
Grand Paradis, la grande pente finale avec vue sur le Ciarforon, la Tresenta et le Bec de MoncorveGrand Paradis, la grande pente finale avec vue sur le Ciarforon, la Tresenta et le Bec de Moncorve
Grand Paradis, la grande pente finale avec vue sur le Ciarforon, la Tresenta et le Bec de MoncorveGrand Paradis, la grande pente finale avec vue sur le Ciarforon, la Tresenta et le Bec de Moncorve

Grand Paradis, la grande pente finale avec vue sur le Ciarforon, la Tresenta et le Bec de Moncorve

Après quelques photos sur fond de Ciarforon on attaque la descente de la grande Combe glacière, le rythme est bon, mais quand on parvient au bout, Bastien me dit qu'on est suivi. Effectivement, au loin une cordée galope, les allemands, à fond !

"Noooooon , pas eux !!!"

J'accélère, un peu, pas non plus à fond, je suis un peu fatigué.

Plus bas, on croise des cordées qui montent, avec des guides ! il est déjà tard, la neige est déjà transformée mais ils montent. Et je comprends la tactique, partir bien après tout le monde pour éviter le monde sur l'arête. Même si l'idée est bonne , en pratique c'est assez scabreux, quelles conditions de neige vont ils trouver  à la descente.

Derrière nous, la cordée se rapproche, je presse discrètement le pas, ça serait dommage qu'ils se rendent compte.

En dessous, encore des cordées , à la montée. Bon là ils ont la troche des grognards de Napoléon lors de la retraite de Russie. Trop chargés, aucun rythme, épuisés alors qu'ils n'ont encore rien gravi, je ne donne pas cher de leur chance de succès. C'est incroyable de rencontrer des gens comme ça sur le glacier (même encadrés par un guide). A mon avis une autre course aurait été plus adapté, même s’ils accèdent au sommet, ils vont galérer fort ... très fort.

Reste le plat final, les allemands sont sur nos talons. Je sens leur souffle chaud dans mon cou, je pars à gauche, un petit raccourci vu du haut, eux passent par au dessus; bilan, c'est bibi avec sa bonne observation des subtilités du glacier qui remporte la mise, on se retrouve en tête à la sortie du glacier !!!

30 secondes plus tard, ils sont sur nous et on papote un peu, la barrière de la langue n'aidant pas !

Grand Paradis, Bec de MoncorveGrand Paradis, Bec de MoncorveGrand Paradis, Bec de Moncorve
Grand Paradis, Bec de MoncorveGrand Paradis, Bec de MoncorveGrand Paradis, Bec de Moncorve

Grand Paradis, Bec de Moncorve

On file devant. De bloc en bloc, je suis pressé de rejoindre le refuge. Et Bastien se croute sur une plaque de glace. Je l'entends valdinguer, le bruit raisonne sur les glaciers environnant... Ça fait "kong, kong ,kong" Je me retourne, inquiet... "Ca va ?" je me demande si je ne ferai pas mieux de revenir en arrière, je ne le vois pas. Mais l'homme des Fourgs, le bucheron du Jura,  est résistant, il se relève, et le voilà reparti, la hanche endolorie et la main ensanglantée, le port fier, avec ce léger défaut de la démarche, propre aux grands explorateurs quand ils reviennent au port !

On file sur les moraines, sans doute un peu moins rapidement que prévu, mais on file, on repasse le bucolique petit plat avant de prendre la dernière moraine avant le refuge.

Les gardiens sont en train de manger, on les salut avant de se poser sur le ban, à l'ombre après cette jolie ascension rondement menée. Les allemands, prédateurs assoiffés, arrivent peu de temps après...

Le pique nique est rapide, on doit regrouper le matos laissé au refuge avant d'attaquer la descente...

Alpinisme : Grand Paradis (4061 m) depuis le refuge ChabodAlpinisme : Grand Paradis (4061 m) depuis le refuge Chabod
Alpinisme : Grand Paradis (4061 m) depuis le refuge ChabodAlpinisme : Grand Paradis (4061 m) depuis le refuge ChabodAlpinisme : Grand Paradis (4061 m) depuis le refuge Chabod
Alpinisme : Grand Paradis (4061 m) depuis le refuge ChabodAlpinisme : Grand Paradis (4061 m) depuis le refuge ChabodAlpinisme : Grand Paradis (4061 m) depuis le refuge Chabod

Et bien la descente, la voici, de longs virages pas trop raides

On les attaque en discutant, tranquille, la voiture est à deux heures environ.

Au bout de 20 minutes, on voit les deux allemands dévaler les pentes, à fond par les sentiers raccourcis (complètement à proscrire en général et en particulier dans les parcs nationaux) Ils descendent à fond. Ils nous traversent comme des fusées, en 5 minutes ils ont disparus de notre vue. Nous, on garde notre rythme, forcement on ne peut pas aller plus vite. Il fait chaud, mais , par chance, on passe dans la forêt. La fin de descente est longue, sur un sentier empierré (travail impressionnant des bâtisseurs !) mais raide, enfin trop pour nous.

Je file devant pour faire du stop pour nous ramener à la voiture, j'espère in petto retrouver les deux chleus et leur demander de me faire la navette jusqu'à Pont.

Peu avant le bas, je tombe sur un petit vieux qui aménage le sentier, je le remercie pour son travail, et on papote pendant  5 bonnes minutes, la suite c'est l'arrivée au parking, malheureusement les allemands sont déjà partis (depuis longtemps) le stop va être compliqué, il y a très peu de voiture sur la route, et le Covid n'est pas favorable aux autostoppeurs. Par chance, un bus passe, je lui fait signe, il m'attend et zou je suis dedans, quand il part, Bastien arrive, je luis fais signe que je reviens, avec la voiture.

Fin du périple

 

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